Le Mondial de l'Auto de Paris 2026, prévu du 12 au 18 octobre à Paris Porte de Versailles, s'annonce comme une vitrine impressionnante pour les constructeurs chinois. Une vingtaine de marques ont confirmé leur présence. Pourtant, entre la démonstration de force sur les stands et la réalité froide des immatriculations françaises, l'écart mérite qu'on s'y attarde sérieusement.
L'offensive des marques chinoises sur l'électrique : une percée mesurée
Les données AAA Data publiées au 1er octobre 2026 dressent un tableau plus nuancé que les discours alarmistes. Sur le seul mois de septembre, le top 20 des véhicules électriques reste quasiment hermétique aux modèles chinois. Seule la MG4 EV Urban s'y glisse, à la 18e place avec 834 unités. Difficile d'appeler ça un tsunami.
Juste derrière, la Leapmotor T03, distribuée via le réseau Stellantis, pointe à la 21e position avec 751 immatriculations. Le SUV XPeng G6, lui, stabilise ses volumes à 552 unités mensuelles. Ce sont des signaux encourageants pour ces marques, mais certainement pas de quoi bousculer les équilibres établis.
Sur les neuf premiers mois de l'année, le classement révèle des dynamiques intéressantes :
- BYD : 7 945 immatriculations électriques, sans qu'aucun modèle ne dépasse la 47e place nationale
- MG Motor : 5 775 unités, portées par la MG4 EV Urban (2 161 ex., 44e rang)
- XPeng : 5 513 immatriculations, avec le G6 comme modèle le plus vendu de Chine en France (4 294 ex., 27e rang)
- Leapmotor : 5 472 unités, majoritairement via la T03
Le XPeng G6 mérite qu'on s'y arrête. Ce SUV mise sur une architecture 800 volts et une interface ultra-connectée plutôt que sur le prix cassé. On est loin du cliché du véhicule chinois bas de gamme. C'est justement ce genre de modèle qu'on apprécie tester : des machines qui challengent techniquement les références européennes.
Pour mesurer l'ampleur réelle de la progression, une comparaison s'impose : les 7 945 immatriculations électriques de BYD sur neuf mois représentent l'équivalent des ventes mensuelles du seul Model Y de Tesla en septembre. La domination reste donc très relative.

L'hybride, terrain où la vague chinoise déferle vraiment
La réalité du marché automobile français en 2026 réserve une surprise de taille. C'est sur les motorisations hybrides et thermiques que les constructeurs chinois avancent le plus vite, pas sur l'électrique. La surtaxe européenne et la suppression du bonus écologique ont provoqué un virage stratégique radical chez plusieurs acteurs.
| Constructeur | Ventes totales (9 mois) | Part BEV | Part hybride/thermique |
|---|---|---|---|
| MG Motor | 25 550 | 22,6 % | 77,4 % |
| BYD | 22 667 | 35,1 % | 64,9 % |
| Jaecoo | 9 618 | 1,9 % | 98,1 % |
| Leapmotor | 5 902 | 92,7 % | 7,3 % |
| XPeng | 5 513 | 100 % | 0 % |
MG réalise 77,4 % de ses ventes en hybride, notamment via la MG3 Hybrid+ et le ZS. BYD, avec ses motorisations DM-i, atteint 64,9 % de volumes hors électrique pur. Jaecoo frôle quant à elle les 98 % sur ce segment. Ces chiffres racontent une histoire que peu d'observateurs anticipaient il y a encore trois ans.
Photographier une machine sur la route, c'est aussi capturer sa stratégie commerciale. Et celle des Chinois en France se lit clairement : contourner les barrières douanières par l'hybride, installer leurs réseaux, puis frapper sur l'électrique quand les conditions seront réunies. Ce scénario, déjà visible dans les tuyaux pour 2027, invite à surveiller moins les stands du salon que les courbes d'immatriculations des prochains trimestres.