Mai 2027. C'est la date fixée par Aleksandar Bjelic, homme d'affaires serbe, pour la résurrection officielle de Yugo. Une marque que beaucoup croyaient définitivement enterrée, et qui pourrait bien redistribuer les cartes sur le segment des voitures abordables en Europe.
Après plus d'un an de bataille juridique pour récupérer les droits de la marque — jadis connue sous le nom de Zastava avant de s'appeler Yugo au début des années 1980 — Bjelic est passé à l'action. À l'époque, ces compactes serbes devaient beaucoup à Fiat, qui accordait des licences de fabrication à plusieurs pays du bloc de l'Est. La célèbre Jigouli soviétique en est un autre exemple parlant. Yugo commercialisait ainsi une version à peine retravaillée de la Fiat 127, et rencontrait un succès inattendu — y compris sur le marché américain.
Une ambition tarifaire qui défie Dacia
Le positionnement annoncé est sans équivoque : cibler les marchés où Dacia et Fiat s'imposent actuellement. Bjelic l'affirme clairement, la future Yugo sera commercialisée partout où ces marques sont présentes — ce qui inclut la France. Un objectif ambitieux, surtout quand on mesure les efforts qu'il a fallu à Louis Schweitzer au début des années 2000 pour relancer Dacia sous pavillon Renault. Refaire ce coup, avec des moyens limités et sans groupe industriel derrière soi, tient presque du pari fou.
Le tarif d'entrée initialement évoqué était de 12 000 €. À ce prix, la concurrence directe se résume à une Dacia Sandero essence en finition de base. Problème : produire un modèle hybride sous ce seuil relève de l'exploit industriel. Bjelic a d'ailleurs revu sa communication, évoquant désormais moins de 20 000 € lors d'interviews récentes. Une fourchette plus réaliste, mais qui exige de gros volumes pour être rentable.
| Modèle | Prix de départ | Motorisation |
|---|---|---|
| Dacia Sandero | ~12 500 € | Essence / GPL |
| Yugo (cible annoncée) | < — 20 000 € | Hybride à prolongateur d'autonomie |

Une motorisation surprenante, des questions industrielles entières
Le choix technique annoncé surprend. La nouvelle Yugo adopterait une architecture hybride à prolongateur d'autonomie, similaire à ce que Nissan propose avec son système e-Power : le moteur thermique quatre cylindres n'entraîne jamais directement les roues, il alimente uniquement un groupe électrique. « L'équipe est déjà à l'œuvre. Le moteur et la transmission sont fournis par un partenaire dont je ne peux pas encore révéler le nom », confie Bjelic. Certains spécialistes évoquent le nom de Horse, société spécialisée dans les groupes motopropulseurs thermiques issue de Renault et Geely.
Les prototypes présentés récemment à Belgrade confirment que le projet avance. Reste la question primordiale de la fabrication. L'usine Stellantis de Kragujevac — historiquement liée à la production des anciennes Yugo — ne serait plus dans l'équation. Pour atteindre des coûts compatibles avec un tarif populaire, voici les pistes envisageables :
- Un partenariat avec un constructeur chinois disposant de capacités de production massives
- L'intégration dans une chaîne logistique existante en Europe de l'Est
- Un montage industriel mixte avec sous-traitance de composants clés
La production est visée pour 2028, un an après la présentation du prototype. Ce calendrier serré laisse peu de marge pour boucler les accords industriels, homologuer les véhicules et structurer un réseau de distribution. Lancer une marque automobile depuis zéro exige un alignement rare de compétences en production, logistique et financement. L'histoire de Dacia l'a prouvé — même avec Renault en soutien, l'exercice fut périlleux.