Jeudi 16 avril 2026, les représentants syndicaux de l'usine Stellantis de Poissy (Yvelines) ont officiellement appris ce que beaucoup redoutaient depuis des mois : la fin de l'assemblage automobile sur le site interviendra après 2028, lorsque les modèles DS3 et Opel Mokka actuellement fabriqués arriveront en fin de cycle. Une page se tourne pour l'un des sites industriels les plus emblématiques d'Île-de-France.
Pour saisir l'ampleur de ce tournant, quelques chiffres suffisent. Jusqu'en 1976, l'usine de Poissy employait 27 000 ouvriers et produisait 569 000 véhicules par an. L'année dernière, 1 600 salariés y ont assemblé à peine 90 000 unités. Le déclin est structurel, progressif, presque inévitable — et quiconque suit de près l'évolution des sites de production automobiles en France ne peut qu'observer cette trajectoire avec une certaine lucidité.
De l'assemblage automobile à la fabrication de pièces : le nouveau visage de Poissy
La direction de Stellantis ne parle pas de fermeture, mais de reconversion industrielle profonde. D'ici à 2030, le site se recentrera sur plusieurs activités complémentaires :
- L'emboutissage et la peinture de pièces en acier (portières, éléments de carrosserie) destinés à d'autres usines du groupe, spécialement le site d'Hordain (Nord) qui assemble des fourgons et vans commerciaux ;
- La production de pièces détachées et de rechange ;
- La création d'une nouvelle ligne de déconstruction de véhicules pour valoriser les pièces de réemploi ;
- L'aménagement de véhicules utilitaires pour les artisans et les grands comptes.
100 millions d'euros seront investis, selon Stellantis, dans l'achat d'une nouvelle presse d'emboutissage — annoncée fin 2025 — et dans la formation des salariés en reconversion. Un effort financier réel, même si les syndicats attendent d'en voir la concrétisation.
La réduction des effectifs est, elle, inévitable. Le site passera de 2 000 postes aujourd'hui à 1 200 en 2030, dont 1 000 ouvriers selon la direction. La pyramide des âges, avec une moyenne proche de 56 ans, facilitera cette transition via des départs anticipés en retraite. Dès mai 2025, des groupes de travail avaient été lancés pour anticiper les nouvelles orientations du site.
Poissy suit la voie de Flins : entre mémoire industrielle et incertitudes
Le parallèle avec l'usine Renault de Flins, reconvertie elle aussi en centre de remanufacturing, s'impose naturellement. Frédéric Lemayitch, représentant CFTC à Poissy, le formulait clairement en octobre dernier : « On a toujours suivi à deux ou trois ans près ce qui se passait à Flins. S'il ne fallait compter que sur l'assemblage, nous ne pourrions pas être sauvés. » L'inconnu, précisait-il, restait le nombre de postes préservés.
Certains avaient même évoqué une fermeture totale, liée à l'hypothèse d'un futur stade du PSG sur les terrains en friche de Stellantis. Le groupe a tranché autrement, en inaugurant il y a deux ans un green-campus destiné à regrouper plus de 10 000 cols blancs dispersés en Île-de-France. Des bâtiments ont été rénovés pour accueillir ces équipes, avec un télétravail revu à la baisse par la direction.
| Indicateur | 1976 | 2025 | Objectif 2030 |
|---|---|---|---|
| Effectifs ouvriers | 27 000 | 1 600 | 1 000 |
| Véhicules assemblés/an | 569 000 | 90 000 | 0 |
Pour les 12 000 emplois menacés dans les usines Stellantis en France, Poissy n'est qu'un cas parmi d'autres. La vraie question, celle que chaque salarié de ce site se pose ce jeudi matin, c'est la viabilité à long terme des activités promises. Emboutir des portières pour Hordain ou déconstruire des véhicules en fin de vie : ces métiers ont de l'avenir, à condition que Stellantis tienne ses engagements d'investissement et de formation.
