510 millions d'euros investis dans un village danois de 4 000 habitants pour y construire un circuit de Formule 1 : difficile de faire plus spectaculaire comme pari industriel. Quand on passe des heures à scruter des circuits légendaires sur des images satellites, on mesure immédiatement l'écart entre un tel projet et la réalité du terrain. Et pourtant, la famille Lyngbye Villadsen entend bien modifier Padborg, bourgade du sud du Danemark, en temple mondial du sport automobile.
À l'origine de cette ambition démesurée, deux hommes : Henrik Lyngbye Pedersen et son fils Mathias Lyngbye Villadsen. Ensemble, ils ont engagé une enveloppe de 510 millions d'euros pour concevoir le Circuit of Denmark, un tracé de 6 kilomètres conçu pour répondre aux exigences d'homologation Grade 1 de la FIA — le sésame indispensable pour accueillir un Grand Prix de Formule 1. Le site actuel n'est qu'un modeste aérodrome couplé à la petite piste de Padborg Park. La métamorphose envisagée dépasse donc tout ce qu'on peut imaginer à cette échelle locale.
Un tracé signé Wurz Design pour viser les sommets de la F1
Pour donner de la crédibilité à leur projet, les deux investisseurs ont mandaté Wurz Design, la société spécialisée dans la conception de circuits fondée par l'ancien pilote de Formule 1 Alexander Wurz. Ce choix n'est pas anodin : faire appel à un acteur reconnu du milieu envoie un signal fort à la FIA et à Liberty Media. On imagine aisément l'exercice de style que représente la conception d'un circuit capable de contenter à la fois les ingénieurs d'écurie et les 100 000 spectateurs espérés en tribunes.
Le calendrier de la F1 compte désormais 24 Grands Prix par saison — un record absolu. Les places disponibles se font rares, mais la famille Lyngbye Villadsen mise sur un angle précis : l'avenir incertain du Grand Prix des Pays-Bas à Zandvoort. Si cette manche venait à disparaître du calendrier, une fenêtre s'ouvrirait théoriquement pour un nouveau circuit nord-européen.
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Investissement total | 510 millions d'euros |
| Longueur du circuit | 6 kilomètres |
| Capacité d'accueil | 100 000 spectateurs |
| Homologation visée | Grade 1 FIA |
| Bureau de conception | Wurz Design (Alexander Wurz) |

Le défi financier et sportif d'un premier Grand Prix du Danemark
Obtenir une place au calendrier F1 ne se résume pas à construire un circuit aux normes. Les contrats signés avec la Formula One Management (FOM) représentent des droits d'organisation extrêmement onéreux, et la capacité d'attraction locale compte autant que l'infrastructure. C'est là que le dossier danois révèle sa fragilité.
Le Danemark dispose certes d'un ambassadeur en Formule 1 — Kevin Magnussen, détenteur de la seule pole position et du seul podium de son pays dans la discipline. Mais son rayonnement médiatique reste limité comparé à celui de Max Verstappen, dont la popularité aux Pays-Bas a directement pesé dans le retour de Zandvoort au calendrier. Sans star capable de mobiliser des millions de fans, convaincre Liberty Media reste un défi colossal.
Voici les principaux obstacles identifiés pour l'obtention d'un Grand Prix :
- Signature d'un contrat avec la FOM, dont les droits atteignent plusieurs dizaines de millions d'euros annuels
- Démonstration d'une demande locale et touristique suffisante
- Obtention de l'homologation Grade 1 après inspection FIA
- Intégration dans un calendrier déjà saturé à 24 manches
Ce type de projet, même quand on le suit depuis les starting-blocks avec passion, rappelle que la passion financière ne suffit pas à écrire une histoire en piste. La vraie course pour la famille Lyngbye Villadsen commence maintenant, loin des chronos et des apex.