Certains livres s'ouvrent, se referment, et restent posés là, parfaitement inutiles. Dandy Crush n'appartient pas à cette catégorie. Dès les premières pages, on comprend qu'on tient entre les mains quelque chose d'autre : non pas un catalogue technique, non pas un album de clichés cliniques, mais une œuvre qui convoque l'émotion brute que procure une belle machine.
Son auteur, Hubert de Malherbe, n'est pas un journaliste spécialisé. Designer et scénographe réputé dans l'univers du luxe, il a façonné des boutiques haut de gamme et réhabilité de grands centres commerciaux à travers le monde. Ce bagage esthétique se ressent à chaque page : la composition visuelle prime, l'atmosphère domine, et la narration suit une logique de scénographie plutôt que de documentation.
Deux pères, deux fils, deux voitures d'exception
Le récit repose sur une structure en miroir. D'un côté, Hubert de Malherbe lui-même, à qui son père avait offert la carcasse rouillée d'une Porsche 356. De l'autre, un Américain prénommé Howard Lowe, dont le père lui avait remis les clés d'une Jaguar XK 120 dans les années 1950. Deux transmissions père-fils, deux continents, une même fièvre pour la tôle et les lignes.
Voici ce que ces deux automobiles symbolisent dans le livre :
- La Porsche 356 : nostalgie européenne, héritage familial et renaissance d'une épave en objet de désir
- La Jaguar XK 120 : élégance britannique des années 50, vitesse comme art de vivre, souvenir américain d'une époque révolue
Sur 380 pages, ces deux histoires s'entrelacent sans jamais se confondre. L'auteur ne cherche pas à tout expliquer. Il n'aligne pas de fiches techniques, ne détaille pas les courbes de puissance. Si vous cherchez les chiffres exacts du 6 cylindres de 3,4 litres de la XK 120, développant 160 chevaux à sa sortie en 1948, il faudra consulter d'autres sources. Ici, c'est l'impression qui compte, la ligne fugace, le reflet sur la carrosserie.

Un objet éditorial qui redéfinit le livre automobile
Ce qui distingue Dandy Crush des ouvrages automobiles classiques tient moins au fond qu'à la forme. Collages, dessins à la main, photographies retravaillées ou agrandies jusqu'à l'abstraction : chaque double page fonctionne comme une installation visuelle. On pense à certains travaux de la scène éditoriale indépendante japonaise des années 2000, où la frontière entre livre d'art et magazine s'efface complètement.
| Critère | Livre automobile classique | Dandy Crush |
|---|---|---|
| Approche | Documentaire et technique | Émotionnelle et artistique |
| Contenu visuel | Photos studio standardisées | Collages, dessins, photos retravaillées |
| Narration | Chronologique et exhaustive | Fragmentée, poétique |
La De Tomaso Pantera fait également une apparition dans ces pages, preuve que l'auteur élargit sa palette au-delà des deux voitures principales. Ce choix illustre bien la démarche : construire une ambiance, pas dresser un inventaire.
Ce que réussit finalement Dandy Crush, c'est de rendre actuel ce qui appartient au passé. La mise en page est résolument contemporaine, bien plus que dans nombre de productions récentes qui photographient des voitures d'aujourd'hui avec une froideur désuète. Appareil en main ou non, on ressent ici la même fascination que devant une machine sur la route : celle d'une beauté qui ne demande pas à être comprise, seulement ressentie.