Soixante ans d'existence, 80 points de vente répartis du nord au centre de l'est de l'Allemagne, et un chiffre d'affaires qui frôlait le milliard d'euros : le groupe familial Gotthard König semblait solidement ancré dans le paysage de la distribution automobile germanique. Pourtant, début septembre 2026, l'opérateur a déposé une demande d'insolvabilité auprès d'un tribunal berlinois, selon les informations révélées par le média spécialisé Automobilwoche. Un séisme pour le secteur.
Fondé à Berlin en 1966, König figure à la 21e place du classement annuel établi par l'Institut économique automobile allemand, avec 934 millions d'euros de chiffre d'affaires enregistrés en 2025, soit un recul d'environ 100 millions d'euros par rapport à 2024. Sur cette même période, le groupe a écoulé 29 378 véhicules neufs et 19 593 modèles d'occasion. Des volumes loin d'être négligeables, qui rendent cette faillite d'autant plus surprenante au premier regard.
Une stratégie de croissance externe qui s'est retournée contre le groupe
La deuxième génération familiale aux commandes a misé sur des rachats successifs de distributeurs en difficulté : Treskow, Auto-Adler, Autobund, Staffel... Cette politique d'acquisition agressive, combinée à un surstockage important de véhicules, a fragilisé la trésorerie du groupe. Une restructuration avait pourtant été amorcée l'année précédente, avec la suppression de près d'un emploi sur dix. Insuffisant pour redresser la barre.
König représentait pas moins de dix-huit marques automobiles, dont voici les principales :
- Renault et Dacia (partenariat noué dès les années 1980)
- Citroën, Opel, Fiat et Jeep (groupe Stellantis)
- BYD, Kia, Mazda et Suzuki
- Fiat Pro et Maxus pour les véhicules utilitaires
- Deux-roues via sa filiale Rollerhaus König
Cette diversification, qui aurait pu sembler une force, s'est révélée difficile à piloter simultanément. Quand on suit de près l'évolution des modèles et qu'on connaît les exigences logistiques propres à chaque constructeur, on mesure mieux la complexité opérationnelle que représente un tel portefeuille de marques.

Stellantis en première ligne, Renault dans l'attente
Parmi les constructeurs exposés, Stellantis s'est impliqué directement dans la recherche d'une solution. Un porte-parole du groupe a confirmé à Automobilwoche que « des efforts considérables ont été déployés avec la direction, les partenaires financiers et les consultants afin de trouver une solution de restructuration viable ». Aucune issue globale n'a pu être trouvée à court terme. Le constructeur indique néanmoins vouloir travailler avec l'administrateur judiciaire pour garantir des « solutions de continuité, de restructuration ou de succession ».
Le tableau ci-dessous illustre les performances commerciales des marques distribuées par König sur les huit premiers mois de 2026, dans un marché allemand en hausse de 4,8 % à 1,96 million d'unités :
| Marque | Ventes (jan-août 2026) | Évolution |
|---|---|---|
| BYD | 36 748 | +329,1 % |
| Renault | 45 210 | +19,3 % |
| Fiat | 46 460 | +23,6 % |
| Opel | 92 316 | +6,2 % |
| Dacia | 46 008 | -3,9 % |
| Kia | 43 922 | +7,8 % |
| Mazda | 31 056 | +21,5 % |
Ces chiffres révèlent une dynamique commerciale globalement positive pour les marques représentées. La faillite de König ne tient donc pas à un déficit de demande, mais bien à une gestion financière et structurelle défaillante. C'est précisément ce paradoxe qui mérite attention : des marques en croissance, portées par un réseau qui s'effondre malgré tout.
Pour les clients actuels possédant un véhicule sous garantie ou un contrat d'entretien, l'enjeu immédiat reste la continuité du service. Vérifier dès maintenant auprès du constructeur concerné les modalités de prise en charge constitue la démarche la plus prudente, avant que l'administrateur judiciaire ne clarifie publiquement le sort des distinctes concessions du réseau König.