Présentée officiellement le 26 mai 2026 à Rome, la Ferrari Luce a immédiatement divisé : entre enthousiasme mesuré et critiques acerbes, le premier véhicule électrique de Maranello n'a laissé personne indifférent. Ce qui frappe avant tout, c'est la démarche créative qui l'a engendrée — radicalement différente des codes habituels du centro stile de Ferrari.
Pour concevoir cette voiture, John Elkann, président du constructeur, a fait un choix délibérément hétérodoxe : confier le projet au collectif indépendant LoveFrom, basé à San Francisco. Derrière ce studio, deux figures majeures du design mondial. Sir Jony Ive, Britannique dont la réputation s'est bâtie chez Apple — l'iPhone, l'iPad, l'Apple Watch — et l'Australien Marc Newson, actif depuis les années 1980 dans des disciplines aussi variées que le mobilier et la chaussure. Elkann lui-même l'a confirmé dans une interview à Quattroruote : « Le rapport avec Jony et Marc est ancien, fait d'estime et d'amitié. »
Une architecture pensée comme deux cellules distinctes
Marc Newson, présent à Rome devant une maquette à l'échelle 1, a détaillé le principe fondateur : « Vous avez une cellule intérieure contenant les passagers, qui représente les parties noires ou en verre de la voiture. Autour, la carrosserie remplit une fonction essentiellement aérodynamique. » Cette séparation visuelle entre la coque vitrée et la carrosserie extérieure n'est pas qu'esthétique — elle structure toute la silhouette.
Le pare-brise, qui court sur toute la longueur du véhicule, crée une continuité de surface rare dans le vocabulaire automobile. L'habitacle se resserre vers l'arrière en forme de goutte d'eau pour abaisser le coefficient de traînée. La carrosserie, elle, s'enroule et se prolonge en ailerons avant et arrière, apportant l'appui nécessaire aux performances.
Parmi les détails les plus discutés : les essuie-glaces en position verticale, placés sur les côtés du pare-brise plutôt que dans l'interstice habituel entre capot et vitrage. Newson assume : « C'est le genre de processus qu'il faut adopter pour remodeler l'architecture générale. » L'équipe aérodynamique de Ferrari, conduite notamment par Marco Milanetti, a réalisé des centaines de simulations CFD pour intégrer cette contrainte. Une configuration similaire existe sur le Tesla Cybertruck, qui arbore un mono-balai dépassant le mètre de longueur.
| Élément | Solution retenue | Motivation principale |
|---|---|---|
| Essuie-glaces | Positionnement vertical latéral | Continuité de la surface vitrée |
| Pare-brise | Extension sur toute la longueur | Cohérence visuelle et aéro |
| Feux arrière | Iris sur fond noir | Référence à la 360 Modena |

Un habitacle pensé objet par objet
Jérémy Bataillou, membre français de LoveFrom responsable de l'intérieur, a exposé une approche singulière : « Nous voulions dessiner chaque élément comme s'il s'agissait d'un produit autonome. » Les sièges pensés pour exister visuellement même hors de la voiture, l'écran central célébré comme un objet en soi avec sa dalle pivotante et sa poignée — autant de partis pris qui tranchent avec la mode des tablettes géantes.
L'interface mêle volontairement plusieurs modes de contrôle :
- Boutons physiques pour les clignotants
- Leviers mécaniques pour la climatisation
- Sélecteurs rotatifs pour l'eManettino
- Écran tactile pour les statistiques de conduite
Le double écran OLED du bloc d'instrumentation conserve de vraies aiguilles sur fond numérique, avec une effet de parallaxe rappelant les compteurs anciens. La passerelle entre technologie et sensation familière, c'est précisément là que réside le pari de cette Ferrari. Flavio Manzoni, directeur du style de Maranello, résume : « LoveFrom a apporté un projet cohérent entre intérieur et extérieur, un langage différent, venu de la high tech. » Une pollinisation croisée qui, pour l'heure, stimule autant qu'elle interroge.