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Escroquerie présumée : les acheteurs d'une marque française disparue accusent l'État de complicité

30 mars 2026 3 min de lecture
Escroquerie présumée : les acheteurs d'une marque française disparue accusent l'État de complicité

86 véhicules vendus, une liquidation judiciaire prononcée le 28 mars 2025, et des dizaines de propriétaires cloués au sol avec leur voiture sur les bras. L'affaire Forest Automobile ressemble à un roman noir de l'industrie artisanale française. Difficile, quand on aime les machines et qu'on suit l'actualité des petits constructeurs, de ne pas ressentir une certaine amertume face à ce gâchis.

Une marque disparue, des acheteurs piégés avec leurs plaques WW

Forest Automobile était basée dans l'Aisne, près de Laon. Cette réduite structure proposait une voiture au profil singulier : la silhouette évoquait une Citroën Méhari croisée avec un Jeep Wrangler, pour un gabarit léger d'environ 750 kg. Un engin artisanal, certes, mais vendu officiellement et commercialisé à partir de 2022. Ce que beaucoup d'acheteurs ignoraient, c'est que le modèle s'appuyait en réalité sur une conception datant du début des années 2000.

Ce véhicule avait déjà été produit entre 2002 et 2008 par Arnaud de Fremond, sous la marque De Fremond, avec le nom commercial Fargo — 60 exemplaires à l'époque. Lorsque Forest Automobile a relancé le modèle, ses motorisations 1.1 et 1.4 atmosphériques de la famille TU Peugeot-Citroën, même convertis à l'éthanol, ne respectaient que la norme antipollution Euro 3, abandonnée depuis 2006. Un détail lourd de conséquences pour l'homologation.

Période Marque Nom du modèle Exemplaires produits
2002–2008 De Fremond Fargo 60
2022–2025 Forest Automobile Fargo (relancé) 86

Sur les 86 voitures écoulées, seulement 23 ont obtenu un certificat d'immatriculation, entre octobre 2022 et octobre 2024, dans 17 départements. Les autres propriétaires circulent — ou plutôt ne circulent plus — avec des plaques provisoires WW, désormais roses et valables quatre mois. Un délai largement dépassé pour beaucoup d'entre eux.

L'État dans le viseur : incompétence ou déni de responsabilité ?

Face à cette situation, 39 propriétaires ont constitué le "comité Fargo des WW", défendu par un avocat spécialisé en droit administratif. Leur communiqué ne prend pas de gants : ils accusent l'État d'"incompétence et d'amateurisme" qui l'auraient "rendu complice d'une escroquerie". Une formulation volontairement tranchante, mais qui reflète une réalité factuelle : l'ANTS (aujourd'hui rebaptisée France Titres) et le CERT ont validé une vingtaine de cartes grises avant de bloquer les immatriculations restantes à partir du premier semestre 2023, sans que les acheteurs en soient avertis.

Pire, l'administration envisagerait désormais de retirer certains certificats déjà délivrés. Le collectif fustige le fait que l'ANTS et le CERT n'ont pas exercé leur devoir de contrôle sur les certificats d'homologation fournis par Forest Automobile. Les propriétaires soulignent qu'une solution comparable a pourtant existé pour d'autres véhicules atypiques, notamment des kit cars sur base de Citroën 2 CV.

Le collectif formule deux propositions concrètes :

  1. Rendre les Fargo immatriculables comme véhicules d'occasion, après contrôle technique volontaire — plusieurs exemplaires auraient déjà passé cet examen avec succès.
  2. À défaut, obtenir le remboursement des 20 000 € environ correspondant au prix d'achat, les véhicules étant alors envoyés à la destruction.

La première alternative reste évidemment privilégiée. Ces voitures sont construites majoritairement à partir de pièces d'occasion, hors châssis et coque en résine. Un contrôle technique adapté à leur nature permettrait de les faire circuler légalement sans contournement réglementaire majeur. Cette affaire soulève une question plus large : quelle responsabilité l'État engage-t-il lorsque ses propres services valident des titres litigieux, incitant ainsi d'autres acheteurs à se lancer en toute confiance ?

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