L'industrie automobile européenne fait face à des turbulences majeures. Pourtant, l'interdiction programmée des motorisations thermiques n'explique pas cette situation critique. Pascal Canfin, député européen du groupe Renew Europe, démonte cette idée reçue dans une tribune publiée le 21 novembre 2025. Son analyse met en lumière les véritables causes structurelles qui fragilisent nos constructeurs.
La stratégie du prix élevé affaiblit le secteur automobile
Le marché européen connaît une contraction spectaculaire de six millions d'unités par rapport à 2019. Cette chute s'explique avant tout par une flambée tarifaire sans précédent. Entre 2018 et 2024, le prix moyen d'un véhicule neuf a bondi de 40 %, passant de 26 000 euros à 36 700 euros. Cette hausse dépasse largement l'inflation générale et témoigne d'un repositionnement stratégique des manufacturiers.
Les constructeurs ont privilégié une approche centrée sur la valeur plutôt que le volume. Cette philosophie commerciale, résumée par l'ancienne direction de Stellantis souhaitant vendre moins mais plus cher, maximise les marges à court terme. Malheureusement, elle érode la base industrielle. Moins de production signifie moins d'emplois dans les usines et des carnets de commandes allégés chez les équipementiers.
Ce positionnement tarifaire exclut progressivement la classe moyenne des acheteurs potentiels. La sociologie du marché se rétrécit dangereusement, créant des frustrations chez ceux qui ne peuvent plus s'offrir de modèle neuf. Sur la route, on observe cette réalité : les véhicules vieillissent tandis que l'accès au neuf devient un privilège.
La perte du marché chinois pèse plus lourd que la réglementation
Au-delà des difficultés domestiques, la compétitivité à l'export s'est gravement détériorée. La Chine, devenue le premier marché automobile mondial, représente un enjeu stratégique majeur. Les manufacturiers européens y perdent du terrain face à des acteurs locaux plus agiles et mieux positionnés sur l'électrification des gammes.
Cette analyse révèle que les réglementations environnementales ne constituent pas le problème. Les normes de sécurité routière ont certes contribué à alourdir les châssis, mais ce facteur reste marginal. L'essentiel réside dans les choix commerciaux et l'adaptation aux mutations mondiales du secteur.
| Indicateur | Avant | Après |
|---|---|---|
| Prix moyen (euros) | 26 000 (2018) | 36 700 (2024) |
| Variation marché européen | Référence 2019 | -6 millions d'unités |

Rebâtir une industrie accessible et compétitive
Pascal Canfin propose une orientation radicalement différente. La priorité consiste à développer des véhicules abordables que les Européens peuvent réellement acquérir. Cette approche nécessite un recentrage stratégique vers des modèles compacts à émissions nulles, fabriqués sur le continent. Des acteurs comme Renault et Stellantis soutiennent d'ailleurs cette initiative promue par la Commission européenne.
La reconquête passe également par la reconquête des marchés-clés perdus, notamment asiatiques. L'électrification globale de l'économie offre une opportunité unique pour repositionner les manufacturiers européens. Cette transition doit s'accompagner d'innovations technologiques et d'une meilleure compréhension des attentes clients.
Les solutions résident dans trois piliers fondamentaux :
- Proposer des gammes électriques compétitives financièrement
- Maintenir une production locale créatrice d'emplois
- Reconquérir les parts de marché internationales stratégiques
Cette vision pragmatique montre que l'avenir du secteur automobile européen ne repose pas sur l'abandon des objectifs environnementaux. Au contraire, l'électrification intelligente, couplée à une accessibilité tarifaire retrouvée, constitue la voie vers une renaissance industrielle durable et socialement inclusive.