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Attention : 45 000 emplois automobile perdus, Bruxelles acculée et dos au mur

27 nov. 2025 4 min de lecture
Attention : 45 000 emplois automobile perdus, Bruxelles acculée et dos au mur

L'industrie automobile traverse une période décisive. Les restructurations s'enchaînent tandis que les décisions de Bruxelles cristallisent les tensions. Entre les impératifs climatiques et la sauvegarde du tissu économique, les gouvernements européens attendent des orientations claires pour un secteur qui représente 13 millions d'emplois et 7 % du PIB continental. La crise s'intensifie alors que les données révèlent la suppression de 45 000 postes depuis 2024 dans les segments les plus fragilisés comme la transmission ou la carrosserie.

Sur la route, impossible d'ignorer cette réalité industrielle. Les modèles que nous testons quotidiennement incarnent ces bouleversements techniques et stratégiques. Chaque visite d'usine, chaque discussion avec les équipes de production rappelle combien ces mutations affectent concrètement celles et ceux qui fabriquent nos véhicules.

Une pression économique sans précédent sur les constructeurs

La balance commerciale illustre l'ampleur du basculement. Alors qu'elle affichait un excédent de 15 milliards d'euros en 2022 avec la Chine, elle est désormais déficitaire en 2025. Les importations de composants asiatiques ont progressé de 67 % depuis 2021, selon le centre de recherche Gerpisa. Les boîtes de vitesses chinoises se sont multipliées par trois tandis que le déficit sur les pièces détachées atteint 3,4 milliards d'euros en 2024.

Cette dynamique s'explique par un différentiel de prix considérable. Les équipementiers proposent des tarifs inférieurs de 30 à 35 % par rapport aux fournisseurs européens. Résultat : les constructeurs ont rompu avec des décennies de chaînes d'approvisionnement locales. Le Gerpisa recense treize implantations chinoises prévues sur le territoire européen, dont sept confirmées. Ces sites pourront produire 1,1 million de véhicules d'ici 2030, mais avec seulement 30 % de composants européens. Certaines fermetures ont déjà marqué les esprits, comme cette usine historique touchée par des suppressions massives.

Chez Stellantis, Antonio Filosa ne mâche pas ses mots concernant la réglementation actuelle. François Provost, à la tête de Renault, alerte sur les utilitaires légers : sans flexibilité sur les émissions CO2, les sites de Batilly, Sandouville et Maubeuge devront stopper leur production. La Plateforme automobile française évoque un marché contracté de 28 % en cinq ans, avec 40 000 emplois perdus et 75 000 postes menacés d'ici 2035.

AnnéeBalance commerciale automobile UE-Chine
2022+15 milliards d'euros
2025Négative

Les positions divergentes des États membres

Six pays (Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Italie, Pologne, Slovaquie) réclament l'autorisation des hybrides au-delà de 2035. Leur lettre à Bruxelles affirme qu'il n'existe rien de vert dans un désert industriel. L'Allemagne défend également les hybrides rechargeables et les carburants de synthèse après cette échéance. Pour Friedrich Merz, l'enjeu reste vital face à la crise énergétique.

Emmanuel Macron, depuis Pékin le 5 décembre, prône la préférence européenne. Il souligne que préserver la base productive n'a rien de protectionniste puisque les Américains et les Chinois appliquent ces principes. La France défend un minimum de 75 % de contenu local, reflétant le niveau actuel des véhicules thermiques. Selon Roland Berger, 83 à 85 % du contenu provient aujourd'hui de l'Union européenne. Cette exigence viserait notamment les usines chinoises comme celle de Chery à Barcelone ou BYD en Hongrie.

Les assouplissements envisagés incluent :

  • La neutralité technologique pour 2035
  • La décorrélation des utilitaires légers
  • La réduction des prix des petites électriques à 15 000 euros
  • La création d'une classification spécifique
Automobile : 45 000 emplois perdus, Bruxelles dos au mur avant ses annonces

Un calendrier reporté pour des arbitrages complexes

Initialement prévues le 10 décembre, les annonces devraient intervenir lors du collège des commissaires européens du 16 décembre. Ce délai témoigne de la difficulté à concilier les demandes contradictoires. Le paquet automobile comprend quatre chantiers majeurs, dont le maintien ou non de l'échéance 2035 pour l'interdiction des moteurs thermiques. Reporter cette date mettrait en péril les projets d'usines de batteries, comme celle de Verkor inaugurée le 11 décembre.

Stéphane Séjourné se montre relativement optimiste. Christophe Périllat de Valeo parle de volontarisme européen plutôt que de protectionnisme. Ola Källenius de Mercedes rappelle l'importance stratégique du secteur tandis que Transport & Environment met en garde contre les exemptions pour biocarburants au bilan carbone discutable.

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