Réglementation & Sécurité

Taxe au kilomètre voitures électriques : la France dit non

04 juil. 2026 4 min de lecture
Taxe au kilomètre voitures électriques : la France dit non

Sur les réseaux sociaux, la nouvelle a circulé comme une traînée de poudre ces derniers jours : la France s'apprêterait à taxer les voitures électriques au kilomètre. Des publications indignées, des commentaires enflammés, et parfois, au passage, quelques piques contre le véhicule électrique. Problème : cette information est fausse. Aucun projet de ce type n'existe en France, aucun vote n'a eu lieu, et aucun parti politique ne l'a même officiellement mis en débat.

Pour comprendre d'où vient cette confusion, il faut remonter à deux actualités bien réelles, mélangées maladroitement dans certains titres de presse.

ETS 2 et TICPE : les vraies raisons de l'agitation fiscale

Tout part d'une réforme européenne baptisée ETS 2, le second marché carbone de l'Union européenne. Ce dispositif cible les entreprises commercialisant des produits énergétiques, dont les distributeurs de carburants routiers. Ces acteurs devront acheter des quotas proportionnels aux émissions générées, un coût qu'ils pourront répercuter sur le prix à la pompe. Les estimations évoquent une hausse de 10 à 15 centimes par litre, ce qui, en France, ravive forcément le spectre des Gilets Jaunes de 2018.

Paris a d'ailleurs obtenu de la Commission européenne un report de l'entrée en vigueur de ce mécanisme. Initialement prévu au 1er janvier 2027, il ne s'appliquera finalement qu'en 2028. Un calendrier qui n'est pas anodin : l'élection présidentielle sera passée. Le sujet est politiquement brûlant, personne ne l'ignore.

Dans ce contexte, une autre question, bien plus structurelle, commence à pointer : celle des pertes sur la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Cette recette fiscale massive pour l'État repose sur la vente de carburants fossiles. Avec l'électrification progressive du parc automobile, elle s'érode mécaniquement. Au premier semestre 2026, les véhicules électriques représentaient déjà 29 % des immatriculations de voitures neuves en France. Pourtant, leur part dans le parc roulant total reste marginale, inférieure à 4 % début 2026. La question de la compensation est donc réelle, mais à moyen ou long terme.

Véhicule électrique branché sur borne de recharge en rue

Ce que fait le Royaume-Uni, et ce que la France ne fait pas

L'amalgame vient notamment d'un titre du quotidien Sud Ouest associant, dans un même article, le report de l'ETS 2 et l'hypothèse d'une taxe au kilomètre pour les véhicules électriques. Le mot "hypothèse" a visiblement été lu trop vite par beaucoup.

Pays Taxe au km sur VE Statut Montant estimé
Royaume-Uni Oui Officielle, entrée en vigueur en 2028 ~2,2 centimes/km (environ 330 €/an pour 15 000 km)
France Non Aucun projet, aucun vote N/A

Le Royaume-Uni a bel et bien officialiser une telle mesure, applicable dès 2028. La France, elle, n'en est nulle part à ce stade. Zéro texte législatif, zéro proposition parlementaire, zéro déclaration gouvernementale allant dans ce sens.

Plusieurs pistes existent théoriquement pour compenser les pertes futures de TICPE :

  • Une taxe kilométrique sur les véhicules électriques
  • Le retour d'une vignette automobile
  • Une taxation sur l'usage des bornes de recharge

Ces scénarios appartiennent aujourd'hui au registre de la spéculation, pas à celui des projets concrets. Confondre une piste de réflexion avec une décision politique, c'est exactement le type de raccourci qui alimente des polémiques infondées. Avant de partager une information sur les réseaux, vérifiez toujours la source et distinguez ce qui est voté de ce qui est simplement évoqué.

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