Le permis boîte automatique représentait à peine 6,73 % des permis B délivrés en France en 2019. Six ans plus tard, cette part atteignait 22,14 % selon les statistiques officielles du ministère de l'Intérieur. Une progression spectaculaire, presque silencieuse, que les passionnés de mécanique observent avec un intérêt particulier : la transmission manuelle, longtemps perçue comme un passage obligé, perd du terrain à vitesse croissante.
Tout a véritablement basculé le 1er janvier 2017, date à laquelle la réglementation a radicalement modifié les conditions d'accès à ce format de permis. Depuis cette réforme, seulement 13 heures de formation sont nécessaires pour décrocher un permis boîte automatique, contre 20 heures pour son équivalent en transmission manuelle. Une passerelle de 7 heures supplémentaires permet ensuite, si le conducteur le souhaite, de lever la restriction et de conduire n'importe quelle voiture. Simple, express, économique : la formule a clairement séduit.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
En consultant les données officielles du ministère de l'Intérieur, on mesure l'ampleur du phénomène. Le tableau ci-dessous illustre l'évolution année par année :
| Année | Permis boîte manuelle | Permis boîte automatique | Part automatique |
|---|---|---|---|
| 2019 | 1 326 557 | 95 666 | 6,73 % |
| 2021 | 1 386 623 | 162 147 | 10,47 % |
| 2023 | 1 310 574 | 257 246 | 16,41 % |
| 2024 | 1 287 953 | 276 252 | 17,66 % |
| 2025 | 1 252 862 | 356 267 | 22,14 % |
La hausse dépasse presque 5 points entre 2024 et 2025 seulement, ce qui laisse entrevoir une dynamique potentiellement exponentielle. Plusieurs facteurs expliquent cette accélération. D'abord, l'argument financier : économiser sept heures de cours représente plusieurs centaines d'euros, une somme loin d'être négligeable pour un jeune candidat. Ensuite, la montée en puissance des véhicules électriques, tous équipés d'une transmission automatique, rend la boîte manuelle progressivement obsolète dans les gammes neuves.
La formation peut d'ailleurs s'effectuer sur des modèles électriques, comme la Renault 5, proposée par des auto-écoles spécialisées. Quand on photographie des machines pour le plaisir, on sait que l'esthétique d'une voiture cache souvent une mécanique qui raconte une époque. Et l'époque, ici, parle clairement.

La passerelle manuelle : utile, mais peu utilisée
Côté conversion, les chiffres sont plus nuancés. Sur les 632 519 candidats ayant obtenu un permis boîte automatique en 2024 et 2025, la grande majorité n'a pas suivi la formation complémentaire de 7 heures. Voici ce qu'on observe sur la période disponible :
- En 2024 : 50 480 demandes de passerelle, soit 18,27 % des titulaires d'un permis automatique
- En 2025 : 73 238 demandes, portant la proportion à 20,56 %
- En 2026 (données partielles) : 60 448 demandes enregistrées
Cette progression reste modeste. La majorité des nouveaux conducteurs accepte de restreindre leur choix de véhicules. Il faut dire qu'avec le code 78 inscrit sur le permis rose, conduire une voiture à boîte manuelle sans avoir suivi cette formation expose à des sanctions légales. Un détail que certains négligent, à tort.
La boîte manuelle résiste pourtant, avec encore près de 80 % des permis B délivrés en 2025. Son maintien tient notamment aux réalités du marché de l'occasion : les transmissions automatiques y sont souvent plus chères à l'achat, et leur fiabilité peut devenir incertaine sur des modèles anciens. Mais l'offre de véhicules d'occasion équipés de boîtes automatiques gagne en volume chaque année, portée par le renouvellement du parc électrique et hybride. La bascule semble inéluctable, et elle se jouera probablement sur le marché de la seconde main autant que dans les centres d'examen.